Champaigne Assomption Photo site du Diocèse de Gap

A l'intérieur de l'église Saint Blaise de Saint-Julien-en-Beauchêne (Haut-Buëch) on trouve un superbe tableau intitulé "L'Assomption", peint au XVIIe siècle par Philippe de Champaigne, célèbre peintre flamand, auteur notamment d'un fameux portrait du cardinal de Richelieu et peintre des jansénistes et religieuses de Port-Royal (un tableau commandé en 1671 par les chartreux de Durbon pour une somme, de 330 Livres).

La Chartreuse de Durbon est richement dotée en 1116 par l'évêque de Gap et quelques seigneurs locaux, dans la partie nord du territoire controlé par l'évêque et formant une sorte de marge à son évêché. Elle rivalise un temps avec l'ordre des Templiers indépendant de la structure épiscopale puisque directement relié au Pape qui a établi une Maison du Temple dans le village voisin de Lus-la-Croix-Haute. Mais elle prend le pas sur lui au XIVe siècle. La Chartreuse de Durbon acquiert un patrimoine foncier considérable dans le Bochaine immédiat (nom local pour la région du Buëch), mais également dans le Dévoluy, le Trièves et le Diois, et beaucoup plus loin même, jusqu'au Var actuel. Elle développe par ailleurs des activités économiques dans les domaines agricoles (élevage et exploitation forestière), mais aussi industriels (mines et métallurgie), dont Durbon est l'épicentre.

La révolution met fin à la domination du monastère. Les biens de la Chartreuse sont confisqués, puis dispersés ou vendus. Le nom de Durbon serait une sorte d'acronyme de la devise des chartreux locaux, "dura bonis...sed utilis", une autre origine, plus vraisemblable car le nom Durbon préexiste la fondation du monastère, serait la "bonne eau" à partir du celte "dwr" (dur ou dour, eau, qui a donné Durance, par exemple). 

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Une exposition appelée "Champaigne pour tous" a été installée en 2012 sur les murs du village, sous la forme d'oeuvres de Jacques Paris, peintre haut-alpin, qui a en d'autres temps réalisé des peintures sur les parois du fond de la mine d'argent de L'Argentière-La Bessée. A retrouver ICI, sur ce blog. 

Entre deux lieux d'exposition, l'hôtel Les Alpins et l'église Saint-Blaise (tous deux fermés le jour de ma visite), une série de plaques reproduisant les dessins et peintures de Jacques Paris, arrivé en 1975 dans les Hautes-Alpes, il vit et travaille depuis 1988 à Saint-André d'Embrun. Ces plaques sont toujours en place dans les rues du village...

Jacques Paris est né en 1948 à My Tho au Vietnam. Il passe son enfance et son adolescence dans plusieurs pays d'Afrique et Madagascar suivant les affectations de son père chirurgien des hôpitaux, jusqu'en 1964Il commence ses études artistiques à Paris en 1967 (préparation au professorat d'arts plastiques au Lycée Claude Bernard: professeur agrégé, il enseigne jusqu'en 2004). Il commence à peindre lorsqu'il est étudiant. Il travaille pendant plusieurs années, régulièrement, devant les Maîtres qu'il voit au Louvre ou dans d'autres lieux qu'il ne cessera de revisiter, continuant jusqu'à aujourd'hui un travail de dessins sur carnets d'après les oeuvres rencontrées.
Il rencontre dans cette même période les peintres Alfred Manessier, Jean Bazaine et particulièrement Lorris Junec. 
Il pratique longtemps une peinture exclusivement d'après nature, sur le motif, et depuis la fin des annés 80, ce travail s'ouvre à toutes les autres expériences le menant à "s'identifier avec son entourage" (le mot est de Matisse), les motifs se déroulant en cycles de plusieurs peintures à partir de la nature, des "grandes" figures rencontrées (parmi elles, Segalen, Abd-el Kader, Ulysse et Pénélope, François d'Assise...), de ce qui lui vient de certaines lectures, de certaines musiques, certaines traditions spirituelles et mythologiques. 
Le voyage est chez lui une composante à part entière de ce processus "d'identification" aux choses. C'est ainsi qu'il effectue régulièremnt des séjours en Afrique, au Maghreb, au Kosovo, au Vietnam, et qu'il aime les longs déplacements avec son vélo ou les virées-croisières à la voile avec ses amis skippers. 
Depuis 2005, il a eu plusieurs fois l'occasion de travailler en résidence : Institut Français d'Oujda, Maroc ; Festari, Suharëkë au Kosovo ; Musée de Gap, église des Capucins d'Embrun, Mines de l'Argentière, dans les Hautes-Alpes. (Biographie, site de Jacques Paris)

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 "Les jours de liesse dans l'Italie de la Renaissance, les tentures décorant les Palais, sont sorties et suspendues pour pavoiser la ville, devenant en quelque sorte des vêtements, des habits de fête [....] Ainsi, Saint-Julien-en-Beauchêne se pare des ses richesses intérieures contenues dans le tableau de l'Assomption de Philippe de Champaigne et révélées par le travail passionné de Jacques Paris..." G. Boisard

Sur des murs de vieilles pierres, ou des crépis récents, des peintures écaillées... comme autant de vêtements, ceux de la Vierge ou ceux des anges... de nuages et de ciels ocres, de bleus lumineux, de sanguines, de noirs et de pourpres, sang et destins, pour un enlèvement miraculeux de la Vierge par les anges.

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Perdus dans l'environnement d'une vielle porte assaillie par la végétation...

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Etoffes peintes ou pendues sur le mur du jardin,

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ou le mur d'enceinte de l'église, elles indiquent le chemin à suivre vers le trésor...

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Des anges montrent-ils l'escalier de pierre, dans leur brouillard sépia ?

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Quand près de la fontaine, le bleu de la robe rappellera celle de la femme venue simplement tirer l'eau, Lapis-Lazuli, jacinthe, turquoise ou azurite...

"Moi, j'ai dans moi Baumugnes tout entier, et c'est lourd, parce que c'est fait de grosse terre qui touche le ciel, et d'arbres d'un droit élan ; mais c'est bon, c'est beau, c'est large et net, c'est fait de ciel tout propre, de bon foin gras et d'air aiguisé comme un sabre. Baumugnes ! La montagne des muets, le pays où on ne parle pas comme les hommes". Jean Giono. Un de Baumugnes.

Baumugnes est un hameau de Saint-Julien-en-Beauchêne...