Voici deux (ou trois) confinés avant l'heure... Phaéton, Berger et Sylvain. 

Ces deux bronzes de la fin du XIXe siècle appartiennent au Musée d'Orsay,  autrefois Musée du Luxembourg et ont été déposés à Briançon en avril 1931, par avis préfectoral, à l'initiative de Maurice Petsche, alors sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts et Député Républicain de gauche des Hautes-Alpes, circonscription de Briançon. 

 

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"Phaéton", de Edouard Houssin (1847-1917), acquis en 1889 Fondeurs : Siot et Perzynka, Paris (photo de gauche : Service du Patrimoine de Briançon)

 Elle est en bronze et mesure 2m73.

1889, acquis par l'Etat au Salon
attribué au musée du Louvre
de 1889 à 1931, au musée du Luxembourg, Paris 
1931, au Dépôt des marbres (le 04/03/1931)
1931, déposé à Briançon (note préfectorale du mois d'avril 1931, entré en juin 1931 à Briançon)
1986, affecté au musée d'Orsay, Paris.
Elle est exposée au Salon de la Société des artistes français. Salon 107, Paris, France, 1889
(site du Musée d'Orsay, Paris)

Né à Douai en 1847, Edouard Houssin est admis  en 1866  à l'Ecole des Beaux-Arts dans les ateliers d'Henri Lemaire et de François Jouffroy. En 1868, il expose pour la première fois un buste à la Société des amis des arts de Douai. De 1871 à1877,  il est nommé professeur de sculpture aux Écoles d'art de Douai. Houssin regagne Paris et expose régulièrement au Salon. Ses travaux y sont récompensés par plusieurs mentions et médailles. Au début de 1894, il est nommé professeur de modelage à la Manufacture nationale de Sèvres, poste qu'il conserve jusqu'à son décès en 1917. Il réalise le Monument à Marceline Desbordes-Valmore, inaugurée le 13 juillet 1896 à Douai et envoyé à la fonte sous le régime de Vichy.

Édouard Houssin réalise de nombreuses commandes publiques, notamment dans le nord de la France. (Wikipedia)

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Fils d'Helios, le Soleil, Phaeton (ou Phaethon) voulut conduire le char de son père à travers la voûte céleste, mais le jeune homme s'affola et les quatre chevaux fougueux s'emballèrent. Son inexpérience faillit embraser l'Univers tout entier, et Zeus, furieux, le foudroya. 

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 La jeunesse et l'acte héroïque sont prétextes à une mise ne valeur du mouvement, particulièrement sensible dans cette composition. Les oppositions entre nudité et drapé accentuent encore cette amplitude.

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"Berger et Sylvain" de Leopold Steiner (1853-1899). Fondeur Gonon Eugène, Paris

1885, acquis après commande par le Service d'achat aux artistes vivants, attribué au musée du Louvre de 1893 à 1931, au musée du Luxembourg (Attribué le 29 mars 1893)en 1931, au Dépôt des marbres1931, déposé à la ville de Briançon1986, affecté au musée d'Orsay, Paris.

Groupe relié en bronze de 2m45, plâtre exposé au Salon de 1884 (médaille de première classe) et à l'Exposition Universelle de 1889, conservé au Musée de Semur-en-Auxois. (Site du Musée d'Orsay)
Clément Léopold Steiner : Fils de sculpteur, il suit  des études artistiques àl'Ecole des Beaux-Arts de Paris et est l'élève de François Jouffroy et d'Aimé Millet.  Sa première réalisation est présentée au Salon de 1876. Il reçoit une médaille de première classe au Salon de 1884 pour Berger et SylvainLa Cigale est remarquée au Salon de 1887, puis Jeune homme au chat en 1891. Il participe à la décoration de l'hôtel particulier du prince Bonaparte à Paris et à celle du château de Franconville.  Sa dernière œuvre, Pégase tenu par la Renommée de la Guerre un des quatre groupes doré aux extrémités dupont Alexandre III est achevée par Eugène Gantzlin et inaugurée en 1900.

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"Berger et Sylvain" est d'inspiration néo-classique et bucolique à souhait. Cette réalisation puise ses origines dans la mythologie romaine. 

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Un berger barbu et hirsute...

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porte à bout de bras un Sylvain, petite divinité protectrice des bois et des champs.

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 Le berger a reçu une balle en pleine poitrine lors de la libération de Briançon en août 1944

 Ces deux oeuvres témoignent du climat dans lequel se développe la sculpture au XIXe siècle, les gouvernants l'utilisant comme auxiliaire du pouvoir. les collectivités locales aident les artistes en leur offrant des bourses. Le bronze d'ornement devient accessible à une riche clientèle issue de l'essor industriel. Les sculpteurs vivent essentiellement de commandes. C'est la grande époque des Salons organisés par l'Etat jusqu'en 1880 puis par les artistes et des Expositions Universelles fréquentées par des millions de visiteurs, acheteurs potentiels. C'est une époque bénie pour les sculpteurs, où on voit les Beaux-Arts envahir les parcs publics. L'une des deux sculptures trônait autrefois dans le square Jean Rousson, l'autre au Jardin d'été Chanoine Motte à Briançon. (service du Patrimoine, Briançon). Pour des raisons de conservation et de sécurité, elles avaient été, dans un premier temps, retirées des jardins publics et entreposées au rez-de-chaussée de l’ancien Palais de Justice. Elles sont parties pour rejoindre le Musée d’Orsay à Paris en juillet 2016.  

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En avril 2015, je découvre fortuitement ces deux oeuvres cachées derrière les portes du Palais de Justice de Briançon (qui abritait le Tribunal jusqu'à ce qu'on décide de le transférer à Gap, pendant la présidence de Sarkozy). C'est ici, l'ancienne Maison du Roi dans la Grande gargouille de la Cité Vauban. On ne pouvait voir ces deux chefs-d'oeuvre qu'au cours de visites du Patrimoine, ou comme moi, grâce à un pur hasard... La porte était ouverte et le guide du patrimoine Philippe Delmas était à l'intérieur...

À l'époque je rêvais qu'après une restauration elles retournent dans leurs jardins publics, que les enfants jouent autour d'elles et avec elles, qu'elles s'impriment dans les souvenirts des petits briançonnais, que les oiseaux se posent sur leur tête... 

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Je viens d'apprendre qu'elles sont retournées au Musée d'Orsay à Paris en juillet 2016, comme on peut le voir sur cette photo du Service du Patrimoine de Briançon, par transporteur spécialisé et après avoir été soigneusement protégées...

Il faudra maintenant aller leur rendre visite au Musée d'Orsay à Paris. On ne peut rêver mieux pour un nouveau confinement...

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 Je lance un appel à mes amis parisiens : aller les photographier (quand les musées ouvriront à nouveau) et m'envoyer les photos ! Un grand merci et en attendant, portez-vous bien, parisiens et amis de la Terre... 

Mais où sont passées les statues ?