Il est enfoui sous terre ou inscrit sur une pierre gravée au premier étage d'une maison, enfermé à clé derrière de lourdes portes ou sur les rayonnages d'un secteur de la bibliothèque, à la Collégiale, dans un détail de tableau... Nous le découvons grâce au service municipal du Patrimoine qui vient de mettre en place cette visite, sans laquelle nous n'aurions pas accès à ces trésors et à leur Histoire !

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Nous sommes aujourd'hui au Fort du Château, qui domine la Cité Vauban, au loin, les pistes de ski du Prorel, station de Briançon-Serre-Chevalier 1250, "le ski dans la ville" !

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Sous le cimetière, une piscine romaine a été découverte (premier patrimoine caché... pour le reste des siècles !). Au carrefour de cinq vallées (Durance, Clarée, Guisane, Cerveyrette, Orceyrette), Briançon a été occupé dès l'âge du bronze. Des peuplades celto-ligures, les Brigiani, sont à l'origine du nom romain Brigantio, Brigantium (racine celtique brig, «lieu élevé»).(Wikipedia)

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Le Fort du Château doit son nom à un château dont il ne reste rien... le Château des Comtes d'Albon, futurs dauphins du viennois à qui on donne la ville en 1040

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Du temps de ce château, il ne reste que l'église des Cordeliers et cet édicule appelé la "cloche du som du serre", de l'occitan "colline" et de "som" sommet.

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La cloche sonnait pour prévenir d'un incendie, d'un danger et convoquer les habitants aux assemblées. La cloche d'origine fut fondue en 1716 pour donner une cloche à la Collégiale. C'est un "braillard", avec  un son aigu, diffèrent du son des cloches d'église. 

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Voici la rue qui mène à cette cloche, dans le quartier des Castres (Château). En 1624 puis en 1692, la ville brûla complètement. L'hiver 1624, deux femmes étaient venues voler des pommes et le garçonnet qui les accompagnait laissa tomber sa chandelle dans le foin. C'était l'hiver, l'eau de la gargouille (canal qui amène encore aujourd'hui l'eau de la montagne au milieu des rues de la vieille ville) était gelée, l'eau des fontaines s'épuisa rapidement, on utilisa le vin pour tenter d'éteindre l'incendie, mais les hommes finirent par le boire de dépit...

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Tout près de la cloche, l'ancienne poudrière du Fort abrite le petit Musée de la mine. On le doit à la Société Minière et Géologique du Briançonnais qui réalise un travail remarquable de recherches et de mise en valeur du patrimoine lié à la mine notamment.

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Au début du XVIIIe siècle, la construction des forts de Vauban, oblige à les sécuriser et 8000 palissades en mélèze finissent de déboiser les versants environnants. Il faut trouver un autre moyen de se chauffer, et c'est à cette époque qu'on commence à exploiter les gisements de charbon. C'était de l'anthracite. Chargé de matières minérales issues des déformations alpines, il pouvait renfermer jusqu'à 30% de cendres. Réduit en poudre, la "molle", on formait le "pétri" avec de l'eau, qu'on enfournait dans de petits poêles dits "grenoblois". Ces mines étaient des mines paysannes. Les briançonnais travaillaient dans les champs l'été et descendaient dans la mine en hiver (9 mois d'hiver, 3 mois d'enfer !). Ces mines sont surtout situées  autour de Villar-Saint-Pancrace.

 

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Les mines furent industrialisées jusque dans les années 1960, mais les accès difficiles firent que les entreprises abandonnèrent les exploitations. Voici une "ramasse", traîneau qui servait à descendre la production de charbon mais aussi le foin et le bois. Retenue par un homme qui devait absolument empêcher que le traîneau s'emballe auquel cas il passait dessous. De gros anneaux étaient alors lâchés, et servaient de freins. Mais le charbon de mauvaise qualité brûle en dégageant une fumée noire qui salit tout, même les beaux costumes des militaires des armées du Roi qui possèdent de nombreuses parties blanches... 

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Nous revenons dans la Cité Vauban, et nous entrons dans...

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La Mairie...

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Avant d'entrer dans la Mairie, ancien couvent des Cordeliers (moines franciscains), admirons la façade de l'église des Cordeliers du XIVe siècle et le clocher de la chapelle des pénitents du XVIIe siècle. L'église est actuellement en travaux ce qui a permis de découvrir de nouveaux "trésors", mais "chutt" !

Voici pourtant quelques trésors, photographiés avant les travaux... Les fresques d'une chapelle latérale datent du XVe siècle et ont été découvertes en 1987 sous une couche de peinture verte, ce qui leur vaut une exceptionnelle fraîcheur.

Il faudra attendre la fin des travaux pour aller les photographier.

 

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Sur le porche de l'église, un masque qui tire la langue : représentation de la symbolique de la parole ? Facétie du sculpteur ? Sans doute les deux... On peut tout imaginer...

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Très haut sur le mur de l'église, dans une ruelle qui longe la Mairie, ce cadran solaire daté 5795 a été repeint à la révolution et porte une date maçonnique, les francs-maçons datant le début de leur ère à l'époque du Temple de Salomon, 4000 ans avant la naissance du Christ.

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A l'intérieur de la Mairie, jouxtant le Cabinet du Maire, une mystérieuse armoire fermée à clé, cache un des trésors de Briançon : la Charte de la République des Escartons...

Au début du XIVe siècle Briançon est prospère mais asservie aux Comtes d'Albon, qui résident à Vienne, ce qui ne facilite pas les choses... La ville va acheter sa franchise à Humbert II. Les briançonnais vont devenir libres, francs et bourgeois et créer la République des Escartons. En 1343 Briançon devient le Chef-Lieu du Grand Escarton. 

De 1343 à la Révolution, la région est en effet organisée en une fédération de cinq Escartons, territoires disposant de prérogatives particulières (exemptions de redevances, liberté de la personne et des biens, privilèges économiques, liberté de réunion, et élection de représentants). (Wikipedia) Cette République couvre un territoire allant jusqu'au Piémont.

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Voici la date et quelques tampons intempestifs (au cours du XXe siècle, on n'a pas peur d'apposer des tampons sur des archives historiques...)

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Deux parchemins (1,60 m par 50 cm) sont assemblés et authentifies par le sceau du Notaire qui chevauche les deux documents.

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Quand les Comtes d'Albon cédèrent le Dauphiné au Roi de France, la république obtint de rester libre et pour concrétiser la chose, chaque Roi de France fut tenu de signer une lettre patente à chaque début de règne. Louis XIV, alors âgé de 5 ans signa la sienne. Les archives de la ville de Briançon conservent toutes les lettres patentes.

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Voici la signature de Louis XIV, et toujours les tampons...

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Toujours aux archives de la Mairie, ce volumineux cadastre est daté de 1539.

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Il recense toutes les propriétés du Briançonnais avec les noms des propriétaires... 

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Plus bas dans la Cité Vauban, cette maison à l'architecture italienne se trouve sur la Place du Temple (car des Templiers résidèrent ici), devant le parvis de la Collégiale et abrite l'Office du Tourisme. Datant de 1571, elle est la plus ancienne maison de Briançon.

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Sur sa façade Nord, deux pierres gravées : " ENTRES A LA PETITE PORTE" et "CERCHES ET VOS TROVERES",  ne sont pas de mystérieuses formules des Templiers, mais des phrases d'Evangile de Saint Luc et Saint Matthieu. 

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En face, la Collégiale Notre-Dame et Saint Nicolas "se cache" difficilement derrière un petit érable ...

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Sur le cadran solaire à gauche du porche, on distingue 2 atlantes et à leurs pieds, à gauche un Phénix et à doite un pélican avec son petit près de lui.

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Le pélican est au Moyen-Âge, un symbole de la piété dans l'église chrétienne, de piété et de sacrifice. On croyait qu'il perçait sa propre chair et nourrissait ses petits de son sang. Une autre version évoque un pélican qui aurait tué ses petits, puis, au bout de trois jours, se serait percé la poitrine de son bec, et les aurait ainsi ramenés à la vie. Il est le symbole du sacrifice du Christ et il est souvent représenté dans les églises sous la forme de peintures ou de sculptures.

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A l'intérieur de la Collégiale Notre-Dame et Saint-Nicolas, un tableau qui représente Saint-Nicolas sauvant les enfants du saloir du boucher ainsi qu'une Vierge à l'Enfant entourée d'anges...

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L'intérét historique de cette oeuvre de 1644 se trouve dans un détail du fond : On peut voir la ville de Briançon avant Vauban, avec le clocher de l'église de style roman-lombard à gauche, le château très clair sur le rocher, la tour de l'horloge en sombre sous le château et les fortifications avec les maisons en rempart, serrées les unes contre les autres...

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Plus bas, dans une rue du quartier Mercerie, cette mystérieuse porte, que notre guide ouvre avec délectation...

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Derrière la porte, un escalier descend dans une cave médiévale... sombre...

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Un four à pain vient d'être découvert par le service du Patrimoine, le seul four de la Vieille-Ville, probablement à usage du quartier.

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Il ne possède qu'un four, contrairement aux nombreux fours de villages qui en possèdent deux.

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En descendant le long des ruelles de la Cité, je m'arrête pour photographier ce joli heurtoir à fleurs de Lys sur une vieille porte qui arbore le blason de Briançon : D'azur à une porte de ville crénelée d'argent surmontée de trois tourelles du même, le tout maçonné et ajouré de sable et ouvert du champ.

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Nous terminerons notre visite par la bibliothèque de Briançon, devant laquelle trône le buste d'Aristide Albert. 

Né en 1821 et mort en 1903 à Briançon, Aristide Albert fut avocat, sous-préfet d'Embrun en 1848, et receveur municipal de la ville de Grenoble de 1866 à 1892. Il se passionne pour l'histoire locale, la montagne et...le concept nouveau de lecture publique. Son grand-père, François Albert,  négociant et notable de Briançon, ayant commencé une collection de livres, Aristide léguera ses livres et ceux de son grand-père pour partie à la bibliothèque de Briançon et pour partie à celle de Grenoble. Peu après son décès, la ville reconnaissante fera ériger un monument devant la bibliothèque dont le buste sera sculpté par Urbain Basset en 1913. 

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Voici un échantillon de la collection d'Aristide Albert qui compte plusieurs milliers de livres du XVIe au XIXe siècle...

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Des livres reliés en cuir au beau papier chiffon fabriqué dans des moulins à eau du XVIe siècle aux éditions royales avec sceau royal et magnifiques "culs-de-lampe" de hauts de pages...

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Pour finir par une note trucculente cette visite historique du Patrimoine caché de Briançon, voici un petit livre de 1789...

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Dans lequel les Dames de la Halle et des Marchés de Paris expriment leurs doléances dans un langage populaire et tellement savoureux...

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Bien-sûr ce petit reportage ne remplace pas la visite organisée par le service du Patrimoine de Briançon, (où d'autres trésors sont à découvrir, entre les pattes d'un lion ou au plafond de la Collégiale...) et la Passion qui anime les excellents guides-conférenciers. Merci à Philippe Delmas pour cet après-midi qui a fait revivre toutes les belles histoires du riche passé de Briançon.

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toutes les visites sont à retrouver sur cette brochure (cliquer sur la brochure pour accéder au site)