Sources :

Document édité par Paul Billon-Grand, Vallouise, octobre 2006.

  • Analyse des personnages : Dominique Prévôt, chargé d'Etudes Documentaires , département classique, Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides, Paris , octobre 2006
  • Communication orale de Catherine Briotet, Conservatrice, Archives Départementales des Hautes-Alpes, Conservation Antiquités et objets d'art, septembre 2006
  • Communication orale de Sylvestre Garin, architecte du patrimoine, maître d'oeuvre de la restauration de la chapelle, septembre 2006
  • Communication orale de Marc Lavarenne, restaurateur des graffitis, octobre 2006
  • Armoiries des empereurs germaniques, Arnaud Bunel, Héraldique européenne.

Le site : Vallouimages

 

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Une grande et belle chapelle sur la place du hameau du Grand-Parcher (Vallouise), au pied de la Tête d'Aval du Montbrison,impose sa présence en haut de la rue depuis le XVIIe siècle. Un four banal où s'adosse un banc, un lavoir et une croix monumentale datée 1891, finissent de composer le décor de cette petite place où s'organisaient tous les travaux du village.

Classée aux Monuments-Historiques depuis 1997, elle a fait l'objet en 2006 d'une magnifique restauration qui a porté sur le gros oeuvre et sur les peintures murales extérieures et intérieures, et en particulier les graffiti situés sur la façade Sud-Ouest, à gauche et à droite du porche dans deux bandeaux à hauteur d'homme.

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                                 Le four banal                                                Le lavoir 

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L'extérieur

Deux cadrans solaires ornent le mur Sud-Ouest et le mur Sud- Est. Les contours ont été gravés avant d'être peints. Ils sont inscrits en 1995 à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Les tracés horaires des deux cadrans réalisés en 1817 s'avèrent inexacts. L'Histoire ne nous dit pas pourquoi.

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 Les rayons du soleil matérialisent les heures, deux volutes de feuilles autour d'un cartel, avec la date : 1718. L'auteur est inconnu, mais on retrouve deux cadrans de même facture sur la chapelle Sainte-Marie-Madeleine-des-Prés à Puy-Saint-Vincent, et un autre au Fontenil (Briançon) daté de 1719. 

 

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Comme sur l'autre cadran, des fleurs dans les écoinçons, mais ici un rinceau feuillagé et une devise :

"Cette heure est incertaine pour tous et pour beaucoup c'est la dernière"

 

 La restauration de 2006 a concerné particulièrement les graffiti que les dégradations et l'usure du temps avaient fait disparaître, et a permis de retrouver les dessins originaux et énormément de graffiti divers, difficiles à distinguer des graffiti originels. Il a fallu faire le choix de préserver certains graffiti considérés comme d'origine, par l'analyse de la teinte et du coup de patte, au détriment d'autres sans intérêt.

Les photos des graffiti ont été contrastées pour les rendre plus lisibles.

 

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Panneau de gauche

Deux soldats probablement de la guerre de succession d'Autriche, une carricature et une sorte de grande chouette.

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Panneau de droite

Un soldat, une signature datée de 1781, un escargot et un papillon (plus difficiles à reconnaître).. 

 

 Travailler pour le Roi de Prusse...

« Travailler pour le Roi de Prusse ». C'est la phrase que se répète Antoine, grand gaillard de 23 ans, stationné ici, dans la Vallouise, avec son régiment de grenadiers, après un coup de force qui a encore vu les Gallispans (franco-espagnols) battre les Sardes...Faut dire que les autrichiens n'étaient pas là. Occupés ailleurs...

Antoine dessine sur le mur de la chapelle Saint-André, sous les yeux de son copain Joseph. Ils se sont retrouvés ici, alors qu'ils sont du même pays : Le Jura. La montagne, ils connaissent, mais celle-ci, non ! Elle est vraiment trop grande !  Il ya des montagnes qui atteignent les nuages et les vallées qui descendent dans l'abîme.  Il avait raison Vauban ! Joseph approuve assis contre le mur de la chapelle. Il en sait des choses l'Antoine...

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Hier il a dessiné l'Aigle Impérial, comme ça, de mémoire. On dirait une chouette, mais il n'a rien oublié, ni la couronne, ni l'épée, ni la croix. Il lui a fait deux gros yeux, sous les deux têtes de l'aigle, qu'est-ce qu'on a ri !

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Il avait commencé à représenter un bonhomme plutôt ridicule avec une longue pipe et un sabre interminable. Au-dessus de sa tête, il a dessiné une petite lune de profil, avec un nez, une bouche...C'est le Grand-Duc François II de Toscane, le gendre de l'empereur Charles VI, qu'il a dit. Il s'est marié avec la Reine de Hongrie et de Bohême, Marie-Thérèse Ière. C'est à cause d'eux qu'on est là !

T'as jamais vu ça, toi ? Les petites lunes, sur les selles des chevaux des Hongrois ? Ben, non, j'm'en souviens plus, qu'il répond Joseph...Il admire les dessins de son compagnon. 

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Aujourd'hui, Antoine a dessiné Joseph debout avec tout son équipement : le fusil à baïonnette à lame décentrée, encore une trouvaille du père Vauban. Il lui a même ajouté un sabre, la bandoulière qui porte la giberne et les cartouches et n'a pas oublié le cylindre en cuir pour ranger les allumettes. Et oui, il faut bien les allumer les grenades avant de les propulser de toutes ses forces dans les rangs adverses! Il a dessiné les beaux habits boutonnés jusqu'à la taille, avec leurs basques attachées ensemble, et puis les mitres. Ça, c'est réussi : la plaque en laiton décorée d'une grenade. Il est fier de sa mitre le Joseph, surtout quand on croise les filles... Antoine a dit : Allez, j'te fais le bonnet tartare! Qu'est-ce qu'on a ri!

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 Il a dit que demain il dessinerait un Chasseur de la Montagne. C'est Gaspard, il est d'ici Gaspard. Il est pas très grand, même avec son chapeau tricorne ; il nous fait rire avec sa veste de paysan, ses chausses bouffantes et ses chaussures à lacets... Antoine a dit qu'il lui dessinerait une pertuisane, cette espèce de hallebarde qu'il est si fier de porter. Je crois qu'on va encore rire...Et Antoine dessine...quel artiste!

Ah! Travailler pour le Roi de Prusse...

 

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Signature de François Reymond 1781

Ces dessins conservent une belle part de mystère et on peut s'interroger sur leur auteur, paysan ou soldat, mais suffisamment artiste et cultivé pour dessiner tous les détails des tenues et les symboles de l'aigle des empereurs germaniques pour la "chouette" et des attributs orientaux pour  la caricature. On sait que les habitants de la région étaient instruits, et François Reymond savait écrire en 1781. Les différents travaux de recherche et de restauration semblent cependant dater ces graffiti à la guerre de succession d'Autriche (1740-1748) durant laquelle les Escartons de l'ex Grand Briançonnais, le Comté de Nice et l'Ubaye, constituèrent un champ de bataille entre les troupes franco-espagnoles, et les troupes austro-sardes. Toute la région en souffrit énormément.

Michel Prost :  il s'agit peut-être de François Reymond dit caille, né en 1760 au petit Parcher, cordonnier qui se marie à 35 ans avec une Disdier des Vigneaux. Ce mariage tardif laisse à penser qu'il a pu être enrolé (à 20 ans) dans la milice du Briançonnais, d'où les soldats.... Son père était régent des écoles, il signe donc très bien en 1795 mais différemment de la signature que vous publiez (mais c'est sur un mur et non pas dans un registre, de plus il y a un décalage de 15 ans).

Merci à Michel Prost pour ce complément d'informations...

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  Ce cartouche de 1841 peint au-dessus du porche, rappelle qu'ici c'est la maison du Seigneur (domus), et invite à entrer dans la chapelle pour découvrir les peintures et le mobilier exceptionnels...

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L'intérieur

 

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Jaune, vert et rouge, ce sont les couleurs du décor peint sur les murs des plafonds et des voûtes, autour des fenêtres et dans le choeur, probablement en 1841 comme l'atteste le cartouche du mur de façade. Un maître-autel en noyer sculpté de la 2ème moitié du XVIIe siècle, un retable des XVIIe et XIXe siècles en bois sculpté et peint, encadrant un tableau peint par Laurens en 1626, qui réalisa également l'antependium (devant d'autel en toile peinte) restauré en 2007. Un mobilier, enfin, en noyer composé d'armoires, de bancs, d'un confessionnal  et d'un brancard funéraire datés du XVIIe et du XVIIIe siècles.

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Sur la signature du tableau on peut lire : Laurens dupinet pinxit 1626. Ce peintre est probablement originaire du Pinet, au village de Puy-St-Pierre (briançonnais). La peinture restaurée en 2006 est inscrite à l'inventaire supplémentaire des objets classés. Elle est composée de deux lais verticaux assemblés par une couture médiane

  

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On y voit, à gauche Saint-Joseph qui tient une fleur de lys, au centre Saint-André portant sa croix, et à droite Sainte-Lucie qui porte ses yeux dans une coupe et une paire de ciseaux. Dans la partie supérieure, apparaît la colombe du Saint-Esprit. 

 

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Lors de la restauration de la chapelle, on a retrouvé l'antependium sous l'autel. Il a bénéficié d'une restauration en 2007, et a été inscrit à l'inventaire supplémentaire des objets classés en 2005. Il a été peint par le même auteur que le tableau.

 

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Le retable qui encadre le tableau est décoré en demi-relief de volutes, d'angelots, de feuilles d'acanthe, d'un fronton en balustre sous lequel est placé un cartouche entouré de bouquets de fruits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Au-dessus du retable, un cartouche dédié à Saint-André révélé par une draperie nouée, est entouré de feuilles d'acanthes et  surmonté de chutes de fleurs.

Deux autres cartouches de part et d'autre du retable, sont entourés de guirlandes et de fleurs, surmontés par un pot à feu.

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Sur la voûte de la tribune, trois cartouches en forme de lyre, composés de 2 palmes, contiennent des instruments de la Passion : clous, marteaux, tenailles, échelle et banderole, lance, éponge. Le voûtain au-dessus de l'occulus est orné d'un rideau noué.

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Porte-registre, armoires, bancs de prieur, confessionnal et un brancard funéraire, datés du XVIIe et XVIIIe siècles composent le mobilier de la chapelle.

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Refermons la porte sur tous ces trésors pour retrouver la petite place qui rêve au soleil, et raconte ses histoires ancestrales...

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